Au président du Conseil de l’Europe et au MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE FRANCE

APPEL

A l’attention du

Président du Conseil de l’Europe

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA FRANCE

Monsieur Bernard Kouchner

 

Monsieur Le Président du Conseil de l’Europe,

En tant que président de Human Rights Society of Uzbekistan résidant depuis août 2006 en France, j’ai l’honneur d’attirer votre attention sur la violation scandaleuse des droits de l’homme en Ouzbékistan et en particulier sur la condition épouvantable des détenus politiques. Afin de mieux vous présenter ce problème permettez-moi de vous retracer en quelques lignes l’histoire de l’apparition de détenus politiques en Ouzbékistan après l’éclatement de l’U.R.S.S.

Les détenus politiques sont apparus en Ouzbékistan au moment où le pays a accédé à l’indépendance au début des années 1990 quand le leader communiste et protégé de Moscou, Islam Karimov, est arrivé au pouvoir (1989) et a entamé une lutte sans merci contre l’opposition démocratique, le mouvement étudiant pour la démocratie et contre un groupe de parlementaires adeptes des principes démocratiques. Je ne citerai ici que quelques épisodes de cette lutte injuste que mène M. Karimov dans le but d’anéantir le très fragile courant démocratique, né en Ouzbékistan à la veille de la dissolution de l’Union Soviétique :

  • en juin 1991 les autorités ouzbèkes arrêtent et condamnent à 4 ans et demi d’emprisonnement le député de la fraction démocratique du Parlement, Chavrik Rouzimouradov. Arrêté une deuxième fois le 5 avril 1998, Ch. Rouzimouradov est relâché à la fin du mois grâce aux efforts du président de l’OSCE, Monsieur Bronislaw Geremek. M. Rouzimouradov est arrêté une troisième fois le 15 juin 2001 et le 7 juillet il meurt dans la maison d’arrêt du ministère de l’intérieur.

Par ailleurs, le célèbre écrivain de l’opposition Emin Ousman est décédé sous la torture au même endroit en février 2001.

  • le 16 janvier 1992 à Tachkent, les pouvoirs ouzbeks donnent l’ordre de tirer sur une manifestation pacifique d’étudiants. Ce bain de sang, qui fait plusieurs morts et des dizaines de blessés, met fin au mouvement étudiant pour la démocratie.
  • entre 1990-1993 le régime de Karimov anéantit le groupe démocratique du Parlement. Plusieurs personnes telles que Mourod Jouraev, Samandar Koukanov, Meli Kobilov, Inomjon Toursounov, Nasroullo Saiidov, Imom Faiziev, sont arrêtées et condamnées.

  • en 1995, le député Poulat Akhounov est arrêté et condamné à 4 ans et demi d’emprisonnement.

  • en 1999, Akhmadkhon Tourakhonov et Jourakhon Azimov, membres du parti « Birlik », sont sauvagement tués en prison.

  • le pouvoir ouzbek fait arrêter et condamner à de longues périodes de réclusion des membres du parti « Erk » – les frères Rachid, Moukhammad et Kamil Bekjanov (tous les trois sont les frères du leader de ce parti politique – Moukhammad Solikh), le célèbre écrivain Mamadali Makhmoudov, Ussoubboi Rouzimourodov et bien d’autres encore.

  • de nombreux autres leaders et membres des partis et mouvements d’opposition sont contraints de partir en exil.

Je tiens à répéter que les faits mentionnés ne représentent qu’une partie minime des actions du régime d’Islam Karimov visant à instaurer un Etat policier et répressif dans l’Ouzbékistan postsoviétique.

Après la tragédie d’Andijan où, sur l’ordre de Tachkent, l’armée ouzbèke a fusillé sans pitié une manifestation pacifique populaire qui comptait dans ses rangs plusieurs milliers manifestants, les répressions du pouvoir se sont abattues sur le fragile mouvement de défense des droits de l’homme. Près de 30 défenseurs des droits de l’homme, dont 16 sont membres de Human Rights Society of Uzbekistan se sont retrouvés derrière les barreaux. A l’heure actuelle 9 membres de cette organisation sont toujours en prison. Je joins   à la présente lettre une liste incomplète des défenseurs des droits de l’homme et des opposants politiques actuellement en prison et j’attire votre attention sur les conditions extrêmes de leur détention, ainsi que sur leur état de santé alarmant. L’état de santé de Mamadali Makhmoudov, de Mourod Jouraev, de Usouf Joumaev, des frères Rachid et Moukhammad Bekjanov, des défenseurs des droits de l’homme Norboi Kholjiguitov, Azam Farmonov et Alicher Karamatov suscitent les plus vives inquiétudes. Certains d’entre eux sont entre la vie et la mort. Par exemple, l’ancien maire de la ville de Mouborak, Mourod Jouraev, qui est également un des leaders du parti « Erk », est emprisonné depuis 14 ans et, d’après ses proches, il a atteint un état d’épuisement critique.

J’ose affirmer que tous ces défenseurs des droits de l’homme et représentants de l’opposition qui sont aujourd’hui emprisonnés ou qui sont déjà passés dans les prisons du régime de Karimov, n’ont pas commis de crimes de droit commun, même si le pouvoir s’obstine à les leur incriminer. En effet, selon les organisations de défense des droits de l’homme qui ont suivi ces procès, qu’elles soient internationales ou ouzbèkes, dans tous les cas les tribunaux n’ont pas réussi à apporter la preuve de la culpabilité des condamnés. Toutes ces personnes d’une probité sans faille et qui se sont données entièrement au combat pour la démocratie et les droits de l’homme, sont tombées pour leurs convictions et leur vision d’un monde démocratique, victimes d’un régime politique répressif. Et il convient aujourd’hui de les secourir, ne serait-ce que par respect à l’égard de la démocratie et les droits de l’homme pour lesquels ils se sont battus.

Je suis persuadé que l’Union européenne peut faire beaucoup pour cette cause. Je crois en la volonté et la détermination des dirigeants et des hommes politiques européens à défendre des valeurs démocratiques.

J’en appelle à vous, Monsieur le Président du Conseil de l’Europe, pour que soit portée une grande attention à la question de la libération de tous les détenus politiques de l’Ouzbékistan, défenseurs des droits de l’homme et représentants de l’opposition politique, et pour que soient entreprises des démarches concrètes dans ce sens.

En vous souhaitant un travail fructueux et couronné de beaucoup de succès en tant que Président du Conseil de l’Europe, je vous prie de croire, Monsieur Bernard Kouchner, à ma très haute considération.

Talib Yakoubov

Président de URSU

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