Ouzbékistan: Le défenseur des droits des paysans Azam Formonov passe son 10e anniversaire consécutif derrière les barreaux

Une coalition d’organisations de défense des droits humains appelle à la libération du défenseur des droits humains Azam Formonov, à l’occasion de son 37e anniversaire, qu’il passe en prison à cause de son activisme pacifique.

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains (FIDH-OMCT), le « Fiery Hearts Club » – une organisation membre de la FIDH -, l’Association pour les droits humains en Asie Centrale, le Forum germano-ouzbek pour les droits humains, Front Line Defenders et l’International Partnership for Human Rights (IPHR), se joignent à la famille d’Azam Formonov pour souhaiter à Azam beaucoup de courage pour son 37e anniversaire, qu’il passe enfermé en prison.

La santé du défenseur ouzbek s’est considérablement dégradée au cours des 10 années qu’il a passées derrière les barreaux. À moins que la communauté internationale et le monde des affaires qui traitent avec l’Ouzbékistan ne prennent un tournant décisif en exhortant le gouvernement à ne plus maltraiter ses citoyens et à libérer Azam Formonov et les douzaines de prisonniers de conscience, il va croupir en prison pendant encore quatre ans au moins. Son seul crime est son activisme pacifique au sein de l’Human Rights Society of Uzbekistan (HRSU).

En tant que président d’une branche régionale de l’HRSU, M.Azam Formonov s’employait à défendre les droits des paysans. Quelques jours avant son arrestation en avril 2006, il voulait aider deux paysans à défendre leurs droits contre une compagnie pétrolière publique. Lorsqu’il a été arrêté, Azam Formonov a été détenu au secret pendant des semaines et torturé pour avouer des charges d’extorsion. Les enquêteurs l’ont étouffé avec un masque à gaz et l’ont plusieurs fois passé à tabac avec des clubs de golf pendant plus d’une semaine. N’étant pas autorisé à choisir ses propres avocats, il a été condamné à neuf ans de prison en juin 2006.

« Nous réitérons notre appel urgent à tous les pays et à toutes les corporations qui traitent avec l’Ouzbékistan à user de leur influence afin de faire libérer Azam Formonov et tous ceux qui croupissent en prison pour avoir défendu les droits des citoyens » a déclaré M.Karin Lahidji, président de la FIDH.

Quelques jours avant sa libération prévue en avril 2015, il a été jugé sans avocat pour avoir soi-disant violé le règlement du centre de détention et a été condamné à cinq ans et 26 jours de prison supplémentaires en vertu de fausses accusations. Azam Formonov a ainsi rejoint les prisonniers de conscience ouzbeks dont les peines de prison ont été arbitrairement prolongées sur la base de vagues accusations de « violation du règlement de la prison ». Les peines de plusieurs défenseur-ses des droits humains ont été prolongées tant de fois que pour certains, elles se sont transformées de facto en peines de prison à vie.

« Cette pratique de prolonger les peines pour non-respect présumé du règlement pénitentiaire est une grave violation des droits humains. L’article en question du Code pénal doit être abrogé de toute urgence » a déclaré Mutabar Tadjibaeva, présidente du « Fiery Hearts Club ».

Placé dans un centre de détention à Jaslyk appelé la « zone de mort » en raison de son climat extrêmement difficile et des conditions de détention sévères, Azam Formonov aurait été torturé, passé à tabac et souvent placé à l’isolement sans chauffage. Il souffre de douleurs aiguës aux reins, qui sont exacerbées par les conditions difficiles, le temps froid, le manque de chauffage dans les cellules en hiver, tandis qu’en été, la température peut dépasser 40°, ce qui est insupportable dans les cellules petites, surpeuplées et peu ventilées.

« Pendant ces neuf années d’emprisonnement, M.Formonov a donné des informations à propos des mauvais traitements qu’il subit en prison, sans pouvoir faire appel à aucune autorité. Dans une lettre datée de mai 2015, il décrit les terrifiantes conditions de détention et les tortures qui lui sont infligées. Nous sommes extrêmement préoccupés pour l’intégrité physique et psychologique d’Azam Formonov et des autres défenseur-ses des droits humains emprisonnés » a déclaré Mary Lawlor, directrice de Front Line Defenders.

« L’absence d’enquête sur les mauvais traitements de M.Formonov est totalement inacceptable et prouve la situation catastrophique des droits humains dans le pays » a déclaré Gerald Staberock, secrétaire général de l’OMCT.

Azam Formonov ne reçoit pas le traitement médical nécessaire. Sa femme, qui s’occupe seule de leurs deux enfants, est autorisée à voir son mari moins souvent que ce qui est spécifié dans les règles de la prison. Elle passe des jours dans la zone de la prison avant d’être autorisée à voir son mari.

La situation en Ouzbékistan reste périlleuse pour les défenseur-ses des droits humains, qui sont constamment persécutés, à qui l’on refuse le droit d’être jugé équitablement et qui sont emprisonnés en vertu de fausses accusations. La poigne ferme des autorités sur la société élimine toute voix critique qui pourrait dénoncer les violations des droits humains dans le pays: travail forcé et esclavage des enfants dans les champs de coton, la stérilisation forcée des femmes, l’absence de médias indépendants et de participation politique, les détentions arbitraires et la torture. L’organisation russe de veille sur les droits humains, le centre « Memorial », avance le chiffre de 10 000 personnes détenues pour des motifs politiques, tandis que les organisations ouzbèkes parlent de 12 000 personnes.

L’Observatoire pour la protection des défenseur-ses des droits humains (OBS) a été créé en 1997 par la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). L’objectif de ce programme est d’intervenir pour empêcher ou remédier aux cas de répression contre les défenseur-ses des droits humains.